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Le printemps de Bourges : un afflux de visiteurs bien supérieur aux nombres de places payantes
Sophie - 19 avril 2004

FESTIVAL / PRINTEMPS DE BOURGES 2002 Ces talents qui mendient un bout de trottoir... mardi 9 avril 2002, par JMP

Quand les bars bourgeonnent au Printemps, Daniel Colling, se frotte les mains et les artistes sont toujours au régime « sandwich jambon-beurre ». Le Printemps de Bourges, trop préoccupé par des années de gestion déficitaire est en recul par rapport à son rôle historique de découvreur de talent prend de moins en moins de risques. Du coup, le boss du festival envoie ses jeunes pousses faire le trottoir. C’est pas cher, et ça peut rapporter gros.

Daniel Colling, le directeur du Printemps de Bourges aux multiples casquettes a raison : l’essentiel du festival qu’il a enfanté ne se passe pas dans les salles de spectacles mais dans la rue et les bars enfumés de la ville. Chaque année, le Printemps attire entre 150.000 et 200.000 personnes, selon les communiqués de presse de la direction. Un chiffre à tempérer : seulement 45.000 à 50.000 entrées payantes sont espérées pour l’édition 2002 de la programmation officielle du Printemps. A la fin des années 80, ce chiffre dépassait les 120.000. Il faut donc chercher ailleurs en quoi le Printemps de Bourges peut revendiquer malgré sa fragilité économique, son statut de plus grand festival musical de France, devant les Eurockéennes de Belfort ou les Francofolies de La Rochelle.

DE LA CONTESTATION AU CONSENSUS. Car même si cela a pris beaucoup de temps, le grand mérite du Printemps de Bourges est d’avoir su intégrer une véritable dimension festive, là où ailleurs il n’y a qu’une succession de concerts et où l’on retrouve un peu toujours les mêmes artistes. C’est de toute la France qu’affluent des dizaines de groupes qui arrivent à Bourges pour faire partager leur musique avec le rêve secret de suivre le même parcours que les bretons de Matmatah, passés d’une année à l’autre d’un petit bar de la rue d’Auron au grand chapiteau l’Igloo devant plus de six mille personnes conquises d’avance.

Quant aux commerçants, ils décorent leurs vitrines aux couleurs du festival et organisent des concours pour faire gagner des places de concerts à leurs clients. Cela n’a pas toujours été le cas. En 1977, année du premier Printemps de Bourges, ces mêmes commerçants fermaient boutique, effrayés par l’intrusion dans leur petite ville coquette de dizaine de « jeunes chevelus en voie de clochardisation ».

Ce succès populaire ne s’est pas fait naturellement. Durant les années 80, une association locale, Emmetrop, avait essayé de lancer son propre festival off, le « Festival Ouf », sensé constituer une réaction face aux dérives commerciales du Printemps de Bourges.

Sous un chapiteau situé loin du centre-ville, près du Lac d’Auron, différents groupes de « rock alternatifs » en marge des produits musicaux lancés sur le marché par les multinationales, s’adonnaient à des spectacles furieux et festifs malgré des moyens techniques souvent limités. Le succès fut mitigé : les « stars » du rock indépendants (Mano Negra, les Wampas, les Satellites) préféraient se produire au « in » en raison du montant des cachets d’artistes et des retombées médiatiques auxquels les « rockers indépendants » n’étaient pas insensibles. A ce titre la soirée « Joyeux merdier » en 1987 (avec Nuclear Device, Parabellum et Berurier Noir), ainsi que celle du « Pavillon de la Boucherie » en 1988 (avec Les Garçons Bouchers, Chihuahua et Los Carayos), marqueront l’apogée du « rock alternatif Français ».

Dans le même temps, le Festival Ouf a énormément peiné à trouver son public ( celui « qui n’a pas envie de débourser deux cent balles pour voir un concert »), et l’association Emmetrop s’est essoufflée devant l’ampleur du travail à effectuer pour l’organisation d’une telle manifestation. « Donnez-nous le budget du PdB et ce sera le Printemps toute l’année à Bourges ! » s’exclamaient les anciens étudiants des Beaux-Arts de Emmetrop au moment d’annoncer la fin du Festival Ouf. Aujourd’hui, Emmetrop s’occupe du « Réseau Printemps », sélectionnant les « Découvertes du Printemps de Bourges et de la FNAC-Talent Scène » pour la Région Centre et les responsables de l’association ont droit à des cartes VIP pour assister à tous les spectacles du festival.

UN « OFF » TRES « IN ». Libérée d’une sérieuse épine avec le retour dans les rangs de l’association Emmetrop, la direction du Printemps de Bourges a alors cherché à monter son propre festival off puisque tous les grands festivals de l’hexagone ont un « off ». On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Exit l’esprit contestataire, c’est vers les commerçants et les responsables de débits de boisson que s’est tourné le Printemps de Bourges pour initier un festival off complémentaire du « vrai » festival, dans le but avoué de contribuer à son rayonnement.

Ce qui pouvait apparaître aux premiers abords comme un coup de poker se révèle être aujourd’hui un succès incontestable. Alors que le Printemps de Bourges diminue le nombre de ses scènes ouvertes, plus d’une quarantaine de bars du centre-ville se regroupe pour établir une programmation dense et cohérente durant toute la durée du festival.

Chaque lieu affiche sa couleur musicale. Le mythique Bar des PTT s’impose comme le temple du punk-rock déjanté, L’Esprit Club se positionne comme le passage obligé pour les formations de musique électronique en quête de reconnaissance, alors que La Soupe aux Choux se cantonne dans le créneau chanson-rock. Seule ombre notable au tableau : il n’y a pas de lieu pour l’expression des groupes de hip-hop.

SANS SCENE FIXE. Un certain nombre de groupes qui s’y produisent auraient eu il y a quelques années leur place dans la programmation officielle. Mais les critères de sélection pour participer au « Découvertes du Printemps de Bourges » étant guidés par le marketing, ils se retrouvent aujourd’hui en marge. Les formations qui se feront le plus remarquer auront ensuite une petite chance de rejoindre le « vrai » Printemps de Bourges, l’année suivante. Opportuniste, le service communication du festival ne manquera alors pas d’indiquer que leur talent a été « révélé » par le Printemps de Bourges

Les véritables découvertes du PdB ne sont souvent pas celles bénéficiant du label « talent scène », qui se produisent salle Germinal, la plupart de ces groupes avant déjà enregistré un CD ou ayant un début de renommée. Elles jouent au contraire dans la rue ou dans les bars « pour distraire les passants », les attirer à la terrasse des bars pour qu’ils consomment une ou deux bière et « mettre de l’ambiance ». C’est la seule place qui est aujourd’hui consentie au patrimoine culturel musical français.

Pendant que les artistes et musiciens venus de toute la France se transforment en colleurs d’affiches et d’autocollants, tout en mendiant le moindre bout de trottoir pour jouer, le directeur du Printemps de Bourges Daniel Colling se présente comme une sorte de combattant de la Malmusique : « Maintenant, les stars, on les fabrique à la chaîne, en direct live dans le poste. On peur même annoncer la date exacte de la sortie du prochain tube qui va tout déchirer. () Nous, on ne lâchera rien. Il nous paraît essentiel de tenir la barre, de résister () Un peu d’insouciance, de légèreté, beaucoup de découvertes et d’artistes confirmés c’est cela notre Printemps ». Des propos pleins de bon sens mais qui prêtent à sourire lorsqu’ils viennent de l’un des grands mastodontes du show-business français qui a fait venir à Bourges, sans états d’âme, Patrick Bruel et les 2be3 entre autres « stars fabriquées à la chaîne ». Faut-il y voir une forme de rancur contre l’ancien sponsor M6 qui n’a pas renouvelé son partenariat ?


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